Bonjour,
J’étais inscrite sur le forum il y a longtemps, peut-être certains anciens se souviendront-ils de moi. Moi je me souviens bien de tous ceux avec qui j’ai échangé et les témoignages m'ont toujours aidé.
Je me sens découragée aujourd'hui et je ne peux pas envisager de me confier à mes proches : je ne veux pas angoisser ma famille, ni embarrasser mes amis. J’ose le faire ici…
J'ai fait beaucoup de chemin depuis que j'étais venue sur le forum, j’ai réussi à travailler en thérapie sur les causes de ma virginité et à en parler avec des proches. Enfant, j'ai subi des abus sexuels et des violences – je suis vraiment désolée de vous imposer mon histoire pénible et ses détails sinistres. J’étais hospitalisée à l’âge de cinq ans à cause d'une maladie grave. L’homme qui sévissait était un infirmier de nuit. Je n'ai pas de mot pour décrire ce que j'ai vécu. Il m’est encore aujourd’hui impossible de comprendre le comportement de cet adulte. Moi je n’ai pas réagi, je suis restée muette. Je n’ai jamais pu pleurer cette souffrance.
J’aime beaucoup la citation de Sénèque que Rocher a mis sous ses messages « Les douleurs légères s’expriment, les grandes douleurs sont muettes ».
Lorsque mes jours n’étaient plus en danger et que le retour à la maison approchait, j’avais complètement régressée, j’étais comme un bébé, j’avais perdu du vocabulaire et je ne savais plus marcher. Mais les médecins et ma famille ont pensé que c’était dû au traumatisme de la maladie et au coma dans lequel j’avais été.
Je ne vais pas vous ennuyer avec l'histoire de ma vie et pourquoi j’ai dû garder secret ce passé. Sachez juste que cet événement a comme bloqué ma croissance du point de vue sexuel, mais que par ailleurs dans d'autres domaines j'ai pu m'épanouir.
Aujourd’hui j’ai consulté une gynécologue - mon malaise vient de là . Elle était gentille, mais très directive. J’y allais à reculons, poussée par l’idée de bien faire, parce qu’il est dit qu’il faut une surveillance régulière chez les femmes. J’étais mal dans la salle d’attente. Moi qui sue rarement, j’étais en nage. Elle m’a posé des questions directes auxquelles j’ai répondu. De fil en aiguille, elle m’a demandé si j’étais vierge, le contexte des abus, si je consultait un thérapeute, si j'avais un amoureux. Je ne répondais que par des monosyllabes, des oui, des non. Je crois sérieusement que j’avais perdu trois bons quarts de mes capacités intellectuelles pendant cette consultation ! Puis elle m’a dit que je devais identifier et poursuivre en justice le coupable. Me libérer en parlant, aller de l’avant. Des choses dont certaines me paraissent hors de portée.
Est venu l’examen. Elle a été très douce et ne m’a dit que des choses rassurantes et gentilles, que j’avais une anatomie parfaite, un ventre de jeune fille, un "très joli hymen, partiellement rompu", elle me l’a même dessiné pour me montrer combien c’était joli... Voilà une femme qui doit vraiment adorer son boulot ! Je n’aurai jamais pensé que tout ça puisse être joli. Le dessin était plutôt bizarroïde selon moi. Elle m’a dit que je lui semblais prête, parce que malgré l’anxiété, j’avais réussi à me détendre. Rien que des choses positives me diriez-vous. Mais en sortant j’ai littéralement été prise de panique : sueurs froides, respiration coupée, claquement de dents. L’examen a été pénible pour moi. Je ne vois absolument pas comment je pourrai un jour dépasser ma terreur d’être à nouveau touchée. Même avec un homme que j’aime, je me liquéfie de terreur. J’ai la sensation que le blocage continue de me protéger parce que je ne suis toujours pas psychologiquement prête.
Pardonnez-moi les détails précis, je suis d’une pudeur qui normalement m’empêche de dire ce genre de choses. Mais, je me sens inquiète d’être face à un mur, une falaise même, infranchissable.
Si vous avez eu le courage de me lire, je vous en remercie... Et si vous avez quelques commentaires ça me ferai plaisir.

