Eurêka

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Re: Eurêka

Messagede NostalJ » Ven 11 Nov 2011 02:30

Gzmille, la Télévision qu’est-ce donc ? L’essoreuse des consciences … peut-être ?
Il m’est très difficile, impossible en fait, de me faire une idée par la télévision, de la léthargie ou non de l’art, étant donné que nous entretenons une relation platonique.
Des perles actuelles, certes, l’abondance d’une créativité musicale qui serait supérieure à l’effervescence d’antan, j’en doute. En effet, si la créativité musicale est si pléthorique, pourquoi le quidam est-il incapable de me définir un courant culturel et artistique qui traverserait cette créativité musicale ? Les années 50, 60,70 : la naissance du rock puis de ses dérivés, actuellement, peut-on considérer le rn’b comme tel ? Assurément non, ou alors suis-je un acouphène qui s’ignore.
Si d'aventures, tu as des noms de groupes à partager, nous sommes tout ouïe.

A l’échelle mondiale, il existe encore –dieu merci- des artistes qui, grâce aux nouvelles technologies de communication, parviennent à se faire un nom sans passer par la case formatage de l’industrie musicale.
Au fond, la production artistique de cette industrie, dont l’objectif mercantile est naturel, n’a jamais été aussi fordiste … la créativité musicale ressemble davantage à une production en séries de modèles mélodiques qu’à la recherche d’une diversité, d’une innovation musicale comme ce fut le cas pendant les années 50, 60,70 et ce, même si les Brassens, Ferré, Brel connurent eux aussi les affres et les refus de ces producteurs …

Alors, oui, sans doute que l’aisance technologique facilite la construction d’un projet mais, cette commodité ne s’est-elle pas accompagnée du sentiment que l’Art est à la portée de tous ?
Peut-être, est-ce là, le drame artistique du monde moderne, la confusion entre l’épanchement de ses pensées, de ses émotions sur un support artistique et la considération de cette production en tant qu’œuvre d’art.

Ainsi, l’art serait devenu l’apparat consumériste et productif du quidam, peut-être faut-il chercher dans ce cancer, l’origine de l’esprit lucre et de l’individualisme chez les jeunes …. et moins jeunes car nous n’avons pas encore le monopole du symptôme du mouton et mutin de Panurge.
Certes, les jeunes sont résignés, le contexte ne nous porte pas vraiment –à raison, je pense- à l’optimisme, l’idéal ? Quel concept étrange et sibyllin à l’heure où les parangons vertueux nous abreuvent de la « vérité », leur sainte parole constituant le dogme idéal où il fait bon vivre, la crèche libérale ou la transsubstantiation des agences de notation transformant les aspirations humanistes et égalitaires des peuples en profit et rentabilité du christ capitaliste.

Quel mouvement politique porte encore aujourd’hui un idéal ? Au mieux, sont-ce des cris de désespoir, la société, elle, vivote de populisme en poujadisme sans évoquer jamais l’humanisme, perdu dans le tourment du jeu politique … alors, peut-on vraiment reprocher aux jeunes de manquer de flamme quand le glacial cynisme des temps modernes prend soin de nous conditionner à l’hibernatus des idéaux ? Je vous laisse juge.


Mon propos manque peut-être de clarté mais l’enveloppe brumeuse et humide qui voile ce soir mon cerveau, ne constitue pas le meilleur allié de l’expression écrite.
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Messagede traviata » Ven 11 Nov 2011 07:36

Je crains que la créativité ne soit pas très compatible avec le formatage auquel on soumet les enfants dès le plus jeune âge... et j'ai le grand , l'immense regret de dire que l'école partage cette responsabilité avec la télévision et autres media omnipotents.

C'est vrai que j'ai beaucoup d'affection pour ces fameux "hussards noirs de la République", malgré leur férule, et leurs homologues féminins, ne les oublions pas, qui ont donné à des milliers de petites filles des horizons autres que la traite des vaches et les travaux ménagers. On peut venir dire aujourd'hui, et les pédagogos ne s'en privent pas, que leurs méthodes étaient ringardes, n'empêche qu'ils ont fait reculer l'illettrisme et surtout éveillé bien des consciences.

Vous n'imaginez pas à quel point , et de façon hypocrite puisqu'elle affirme être "centrée autour de l'enfant" l'école d'aujourd'hui est castratrice d'esprit. Quand j'étais enfant, j'écrivais des "textes libres", ou des "rédactions" sur un sujet précis mais qui pouvait stimuler l'imagination. Aujourd'hui, les enfants font de la "production d'écrit" , terme tellement moche que je me refuse à l'utiliser (je dis "expression écrite"). Ils complètent des textes à trous, écrivent des phrases pré-formatées "sur le modèle de ..." Ils analysent les lectures via des QCM. Si on fait trop de digressions à partir d'une question, si on utilise des mots trop "savants", même en les explicitant, on est vite "hors programme", et on "creuse l'écart avec les autres enfants".

Je suis modestement instit de CP/CE1, et d'autres que moi (je pense à Leslyah notamment) seraient plus à même de parler de la littérature dans le secondaire (sans compter ceux et celles de ce forum qui en sont sortis relativement récemment) , mais j'ai été atterrée en voyant les classeurs de français de mes aînées. Questions totalement absconses sur les textes, que je ne comprenais pas moi même, vocabulaire prétentieux digne d'un cours de linguistique en fac, inutile à mon sens à cet âge, "analyse le champ lexical de" ... "précise quel est l'objectif du locuteur" ... jamais vu la moindre rédaction, la moindre dissertation ... si, du bachotage pur et dur , qu'on leur demandait sur un sujet hyper pointu sans leur donner les clefs du "plan", indispensable pour ordonner ses idées. Jamais vu surtout la moindre notion de plaisir du verbe, le côté "gratuit" de la beauté. C'est que rien n'est plus gratuit, aujourd'hui, faut du rendement, ne perdons pas de temps.

Paradoxe, les artistes antérieurs à l'Impressionnisme, qui fonctionnaient tous selon le principe de la commande étaient souvent bien plus créatifs que ceux censés pouvoir s'exprimer en toute liberté aujourd'hui, et qui confondent provocation et esprit novateur.

Quand je me suis reconvertie dans l'enseignement, sortant de dix années consacrées à étudier justement la créativité de nos ancêtres, j'ai eu l'impression d'entrer dans un monde effroyablement sclérosé et étriqué. Une "ancienne" m'a un jour expliqué qu'elle estimait que les nouvelles pédagogies avaient pour but, sous prétexte de maieutique (l'enfant construit son savoir) de priver au contraire les enfants des acquis leur permettant cette pensée, histoire de créer des masses dociles qui se contenteraient du pain et des jeux (panem et circenses). Horrifiée, je me suis dit qu'elle exagérait, que la nostalgie la rendait peut-être peu objective ...je me rends compte aujourd'hui qu'elle avait raison.
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Messagede deadwood » Ven 11 Nov 2011 11:33

NostalJ a écrit:peut-on considérer le rn’b comme tel ? Assurément non,
Comme un dérivé du rock effectivement ,non ! comme quelque-chose mêlant des éléments de soul, de hip-hop, de negro spiritual et de musique électronique (et allons y soyons fou, pourquoi pas, de rythm and blues), probablement un peu plus.

Entendons nous bien je n'ai jamais trouvé mon compte dans dans le "R'n'B moderne" (alors que pour le coup Otis Reddin, Aretha Franklin ou Al Green ne parlent déjà plus) reste que limiter le genre à une dérive des producteurs/maison de disque c'est effectivement se cacher derrière son petit doigt...on peut tromper mile personnes une fois etc ...le R'n'b en tant que tel existe et tiens depuis plus de 20 ans, qu'on aime cette musique ou pas, je pense que cela va au delà du "coup de producteur".

Autre courant qu'il serais caricatural de limiter à ses incarnations les plus bassement mercantiles, le hip hop, et la pour le coup oui, je te dirais qu'il faut avoir les portugaise méchamment ensablé (ou la tête dans un trou façon autruche) pour ne pas se rendre compte qu'il s'y passe régulièrement des choses sur le plan musical depuis plus de trente ans. La étant un peu plus "consommateur", si tu veut des noms je t'en citerais plus volontiers quelques-uns: The Roots , Dr Dre, ou pour des français Hocus pokus.
Alors peut être que ça ne te parlera pas du tout ... reste que si tu est amateur de Brassens pour sa musique autant que pour ses textes, tu n'est certainement pas insensible à la notion de swing, notion "fil rouge" à mon avis pour trouver son compte dans le hip-hop.

NostalJ a écrit:Alors, oui, sans doute que l’aisance technologique facilite la construction d’un projet mais, cette commodité ne s’est-elle pas accompagnée du sentiment que l’Art est à la portée de tous ?
Peut-être, est-ce là, le drame artistique du monde moderne, la confusion entre l’épanchement de ses pensées, de ses émotions sur un support artistique et la considération de cette production en tant qu’œuvre d’art.

C'est précisément ça qui m’ennuis profondément dans la vision élitiste de l'art ... pour moi l'art c'est avant tout une communication, un partage de sa vision du monde. Si la mission première d'une oeuvre est d’être originale, comment expliquer qu'elles ne soient toutes à la fin qu'une régurgitation de ce qui à été fait avant. Rien ne se crée, rien ne se perd , tout se transforme !
La notion de talent à mon sens n'est qu'une façon de se faire mousser, une mystification destiné se poser en individu supérieur et à la fin une forme de mépris...
Oui l'art est à la porté de tous pour peu qu'on veuille s'y investir sincèrement et y mettre ce que l'on est.
A partir de la, la "parole" de chacun à sa valeurs intrinsèque, qu'on y adhère, qu'elle nous intéresse ou non de façon individuelle est une question subsidiaire et se poser en juge à ce niveaux, validant sa pertinence artistique ou non, relève de l’égotisme.
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Messagede Alone87 » Ven 11 Nov 2011 17:41

traviata a écrit:j'ai été atterrée en voyant les classeurs de français de mes aînées. Questions totalement absconses sur les textes, que je ne comprenais pas moi même, vocabulaire prétentieux digne d'un cours de linguistique en fac, inutile à mon sens à cet âge, "analyse le champ lexical de" ... "précise quel est l'objectif du locuteur" ... jamais vu la moindre rédaction, la moindre dissertation ... si, du bachotage pur et dur , qu'on leur demandait sur un sujet hyper pointu sans leur donner les clefs du "plan", indispensable pour ordonner ses idées. Jamais vu surtout la moindre notion de plaisir du verbe, le côté "gratuit" de la beauté. C'est que rien n'est plus gratuit, aujourd'hui, faut du rendement, ne perdons pas de temps.
Quand je me suis reconvertie dans l'enseignement, sortant de dix années consacrées à étudier justement la créativité de nos ancêtres, j'ai eu l'impression d'entrer dans un monde effroyablement sclérosé et étriqué.


J'ai vraiment détesté les cours de français au lycée pour les mêmes raisons : des digressions hyper-techniques sur la structure des textes, des commentaires composés rigides avec trois parties obligatoires composées de 3 sous-parties composées de... bref, l'art de tourner autour du pot au lieu d'aller droit à l'essentiel : ce qui dit le texte.
Ce n'est pas parce qu'on ne rédige pas de commentaire composé qui respecte la structure décrite ci-dessus qu'on n'est pas capable d'exprimer clairement ses idées. On ferait mieux de renforcer le niveau alarmant en orthographe des élèves plutôt que se "masturber le cerveau" (pardon pour l'expression) sur ces commentaires composés hyper rigides et ces pseudo-analyses de texte.
Je ne pense pas que ces méthodes soient faites pour faire du rendement, bien au contraire elles nous empêchent d'aller droit à l'essentiel.

Par contre je ne crois pas à la "théorie du complot" de l'ancienne enseignante selon laquelle les nouvelles méthodes auraient pour but de bêtifier les enfants pour les manipuler politiquement. Je pense plutôt que c'est une dérive pédagogique qui consiste à trop mettre l'enfant au centre de tout et à niveler le niveau par le bas en étant moins exigeants d'eux (au niveau des savoirs fondamentaux).
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Messagede traviata » Ven 11 Nov 2011 18:06

Ce que tu dis ne m'étonne pas ... je n'ai pas compris pourquoi on s'attachait tant aux outils de l'analyse en oubliant son objet, le texte et son contenu qui permet de penser.

Une de mes filles -comme beaucoup d'ados- aime beaucoup les citations, elle en couvrait un grand panneau dans sa chambre. De mon temps (miséricorde ça fait vieille peau cette expression) c'était plutôt un petit carnet avec des poésies, des réflexions un peu spirituelles ou philosophiques rencontrées lors des cours, des lectures, suscitées par nos profs, qu'on charriait bien sûr mais qui nous apportaient beaucoup.

Elle a l'équivalent, mais ce sont pour l'essentiel des citations américaines, porteuses des mêmes valeurs, mais issues non des ses cours mais de certaines séries pas trop cons qui aiment conclure avec ce genre de citations ou en glisser une dans la bouche d'un personnage.

Dommage qu'on n'ait plus envie de "nourrir l'esprit" des enfants et des jeunes ici ...
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Messagede gzmille » Ven 11 Nov 2011 23:14

Des perles actuelles, certes, l’abondance d’une créativité musicale qui serait supérieure à l’effervescence d’antan, j’en doute. En effet, si la créativité musicale est si pléthorique, pourquoi le quidam est-il incapable de me définir un courant culturel et artistique qui traverserait cette créativité musicale ? Les années 50, 60,70 : la naissance du rock puis de ses dérivés, actuellement, peut-on considérer le rn’b comme tel ?

Je ne parlais pas de quantité...mais de la façon de produire (composer) une chanson, de la différence des sons entre le monde d'aujourd'hui et d'antan. Je ne prends pas mon pied en écoutant du Brel ou du Piaf. Parce que je trouve leur musique trop classique et un peu rigide. Je peux pas m'évader avec ça. Par contre j'aime le disco et le funk. La musique d'aujourd'hui est de mon époque et me parle plus, et c'est plus libre et frais comme sons. Ce que j'écoute me semble plus percutant (et même plus stimulant) et me touche davantage. Il y a bien sûr des exceptions, des tubes assez vieux que j'écoute avec beaucoup de plaisir. Tu as l'air d'écouter essentiellement de la musique des décennies précédentes, c'est ton choix et tes goûts, je respecte, mais lorsque j'ai dit que la musique sonnait mieux actuellement, c'était aussi mes goûts, et non un fait. Je pense pas que tu t'y connaisses vraiment en musique actuelle pour pouvoir juger aussi sévèrement...tu connais pas Bjork et des artistes comme ça? Le dubstep, le trip hop, le lounge, l'electronica, le nu jazz, la nu soul, la musique DJ (non, pas David Guetta!), des musiques alliant le traditionnel et le moderne, ainsi que des artistes inclassables? Tu demandais des genres musicaux si j'ai bien compris. Il n'y a pas que du réchauffé, il y a pas mal d'artistes qui ont leur signature et originalité, ils apportent un son différent voire nouveau pour certains.
L'essentiel c'est d'y trouver son compte, pas de comparer les époques, qu'on soit fan des années 50 ou des années 90-2000. Il y a du bon partout.
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