Vous avez un problème de santé d'ordre sexuel ? Cette rubrique est faite pour vous.
par rose333
Femme de 30 ans non vierge
#237767
Bonjour
Voici 15 ans que ça me pourri la vie, que ce traumatisme me poursuit, aujourd'hui j'ai besoin de diffuser mon long témoignage afin que ça n'arrive plus à d'autres personnes. Et afin de pouvoir un jour tirer la page et m'en libérer, car je me rends maintenant compte que si je n'attaque pas ce problème plus sérieusement et de front, ça me poursuivra toute ma vie, et influencera mes relations. Le voici:

Adolescente, j'ai très vite eu des problèmes de règles (douloureuses, saignements facilement 20 à 25 jours par mois, je comptais plutôt les jours où je n'avais rien...). Je me demandais toujours comment faisaient les femmes pour être bien dans leur vie parce que ça pourrissait la mienne.

Vers 15 ans, ma mère m'a donc conduite chez son gynécologue, celui qui nous a fait naître, celui en qui elle avait toute confiance...

J'avais 15 ans, j'étais vierge, pudique, pas prête dans ma tête.
Le gynécologue a posé quelques questions, puis m'a fait l'examen gynécologique. Sauf que comme j'étais vierge, il a réalisé une échographie avec la sonde par voie rectale... "On ne voit pas bien avec une échographie abdominale" (je sais aujourd'hui que c'est faux, et il a réussi à louper un double utérus à l'échographie endorectale chez ma soeur jumelle alors que "le paysage était soit disant magnifique" : preuve qu'on ne voit pas mieux ainsi. ..).
Une fois j'aurais encore pu supporter...

Sauf que j'ai apparemment de l'endométriose (diagnostic posé après plusieurs années), ça se passait bien sous traitement Lutényl (pilule je la vomis), mais il me faisait à chaque fois prendre le traitement (écho rectale), l'arrêter (écho rectale), de nouveau problème donc à nouveau écho rectale, etc. Et ainsi pendant des années, jusqu'au jour où on a décidé que je prenne le traitement en continu et depuis c'est stable.

Chaque examen, je l'ai vécu comme un viol. J'essayais de sortir de mon corps, de me dissocier, j'aurais voulu partir. Je ne voulais pas subir ça. Je n'en dormais pas des mois avant parce que je savais très bien la date et l'heure à laquelle ça allait m'arriver J'espérais le plus possible que ça se passe "le mieux possible" parce que ça ne pouvait pas se passer bien... Et après j'avais mal, je disais à ma mère que je détestais ce moment!

Mais c'est extrêmement difficile de parler de (ressenti de) viol pour un examen médical... J'ai très longtemps été ambivalente: je l'ai chaque fois vécu comme ça mais "ce n'est pas un viol" (enfin plus d'une dizaine du coup...) vu que je l'acceptais uniquement pour un jour pouvoir avoir des enfants, me soigner et préserver mes organes.

Je me souviens aussi qu'il me faisait déshabiller le bas, et mettre ce vieux tablier blanc, avec régulièrement des traces de sang d'autres femmes...

Et je me souviens aussi le jour où, à 20 ans, il m'a dit le plus naturellement du monde que je ne pourrais peut-être jamais avoir d'enfants. Et au revoir, consultation terminée... J'étais choquée, j'en ai pleuré, je me suis sentie seule.

Pendant longtemps, j ai cherché d'autres témoignages qui ressemblent au mien, mais je n'en ai pas trouvé (je viens de relire ici le topic gynéco, et je n'ai jamais trouvé qq qui parlait d'écho rectale (heureusement pour vous, bcp de témoignages bienveillants et rassurants!)... Parce que ce n est pas normal ce qu'il me faisait...

Mon endometriose à toujours été taboue pour moi, mais je me rends compte que ce qu'il y a de difficile derrière, c est surtout les viol(ence)s vécues...


Ce qui me rend malade, c'est que des échographies abdominales auraient été suffisantes, et que ça m'a traumatisée, pourri mon adolescence et pourri ma vie sexuelle. Là où à 15 ans, les autres vivaient leurs premiers émois et premières expériences, moi je me débattais avec cette maladie et ces actes humiliants, violents et répétitifs.

Par la suite j'ai changé de gynécologue. Elle est adorable, douce et à l'écoute. Elle m'a toujours fait des échographies abdominales. Dès le premier RV, et presque à chacun des suivants, je lui ai dit que ça m'avait traumatisée ses pratiques (qui sont ancestrales selon elle et ne se font plus depuis longtemps, elle comprend que ça m'ait traumatisée). Je n'angoisse plus avant son RV car je sais comment elle travaille mais dans la salle d'attente (c'est le même cabinet que l'ancien gynéco), j'ai encore cette bouffée d'angoisse et ce stress énorme qui me remonte, d'avant... De me retrouver dans ce lieu...

Concernant ma vie sexuelle, ça m'a bloquée. Ça m'a rendue méfiante et évitante avec les hommes (d'autres raisons aussi). J'ai été vierge longtemps.
Mon corps associe le fait de se déshabiller devant quelqu'un comme une mise en danger, "le fait que ça va se reproduire à nouveau".

Mon ex (1er) était patient (je lui avais dit, sans mettre le mot "viol"), essayait d'être rassurant. Petit à petit. Je progressais.
Jusqu'au jour où il m'a dit que certaines pratiques que je refusais, il me laisserait du temps mais que je finirais par le faire, ou qu'il me quitterait (il était accro au porno, avoué plus tard dans la relation). Il m'a dit ça juste après que je lui ai parlé des flash du gynéco qui remontaient et que je comprenais plus précisément certaines choses (que ce n'était pas seulement être pudique, pas seulement son regard mais que mon corps l'assimile à une future violence, que ça se reproduise à nouveau). De me dire ça, ça m'a replongée encore plus dans ce dilemme que je pensais derrière moi: subir ces "viols programmés" par échographie anale pour un jour espérer avoir des enfants. Et à nouveau subir "des viols conjugaux" de choses que je refuse de faire pour garder mon couple. Je me suis sentie super mal, à nouveau coincée, forcée.
Il dit avoir regretté ce qu'il m'a dit, d'autres raisons supplémentaires ont fait que mon couple n'a pas survécu.

Je suis en chemin, plus de 10 ans après les dernières fois, en reconstruction. Je n'ai pas le choix si je veux passer un jour au dessus de tout ça (j'espère...)... Je tente différentes techniques : témoignage, le dire à des proches, psy, massage, EMDR? Mais ça laissera des traces...
Je suis tombée sur des gens qui m'ont aidée à valider le fait que ce n'était pas normal, et que je suis traumatisée. J'ai envoyé mon témoignage à des facs de gynéco afin de sensibiliser aux Violences gynécologiques et obstétricales, ainsi qu'une lettre à l'ordre des médecins.
J'ai aussi envoyé mon témoignage à mon frère (pas facile).
Aujourd'hui, j'ai réabordé le sujet avec ma mère (je n'en avais plus parlé depuis fin d'adolescence): j'ai dit mes démarches et comment je l'avais vécu... en pleurs... Elle m'a dit de faire attention à ce qu'on ne m'accuse pas de diffamation (ça m'a fait très mal!), qu'il était renommé, que j'étais vierge et qu'il était quand même gentil...
Elle était quand même mal je pense, et elle a toujours eu confiance en lui, c'est pour ça que je n'en avais pas reparlé avant. Je pense que, comme moi, il va lui falloir du temps pour se rendre compte que ce n'était pas normal. Surtout que plusieurs personnes à qui j'en ai parlé (gynéco, psys) avaient déjà entendu parler de lui, sans m'en dire plus vu que secret médical... Je ne sais pas combien de ses patients en ont souffert mais nous 3 (soeurs), on y a toutes eu droit (et c'est moi la plus traumatisée car endométriose et donc suivi régulier...). J'ai pleuré une bonne partie de la journée... Ambiance pour la réunion familiale... Je suis fatiguée, épuisée de devoir me battre à ce sujet...

Je ne voulais pas porter plainte car je ne voulais pas pourrir la vie de ce vieux gynécologue... Quoi qu'il en soit, il a pourri la mienne... Et je pense qu'il est maintenant dans le coma.

Voici mon long témoignage. J'espère que les jeunes filles vierges n'auront plus à subir ça parce ça ne le nécessite pas: une simple échographie abdominale est suffisante! Ne vous laissez pas faire et dites non si vous n'êtes pas d'accord.
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par victeur
Homme de 49 ans non vierge
#237772
Récemment, j'ai eu une conversation avec un médecin qui m'a assuré actuellement de meilleures pratiques chez les gynécos.

Lors de tes premières consultations, tu n'as pas eu le choix du médecin, ni de son sexe. Ta mère t'a imposé cet HOMME. Et je peux comprendre que les premiers contacts pénétrants dans la zone sexuelle par outils imposés de surcroît par un homme fussent vécus comme VIOLENTS et que tu craignes la même violence, la même douleur avec ton amant.

Tu as raison d'extérioriser ce traumatisme par tous les moyens que ce soit.

As-tu pensé à te faire un masser par un homme ? Histoire de te montrer que les mains d'hommes peuvent t'apporter de la douceur, du plaisir, du lâcher-prise.

As-tu lu cette BD "Juste une endométiose" de Fanny Robin & de MaY fait des Gribouillis ?

(Amateur de jeu de mot, j'ai bien aimé ton mot valise avec les parenthèses _ Viol(ence)s _ qui résume ton vécu)
VACN aime ça
par salambo
Femme de 33 ans non vierge
#237775
As-tu pensé à voir un spécialiste, afin d'avoir une aide médicale, avant d'envisager un massage qui me semble bien prématuré vu le témoignage? Car extérioriser sur ce forum, c'est génial, mais un traumatisme comme le tien laisse des traces telles qu'il faudrait, je pense, te faire aider.
Que ce soit pour les actes du gynécologues ou pour la réaction de ta mère que tu dois digérer.

En tout cas tu as tout mon soutien.

Et tu as raison, on ne le répètera jamais assez, si vous n'êtes pas d'accord avec un acte médical, dites non!
par rose333
Femme de 30 ans non vierge
#237804
victeur a écrit : 03 mai 2021, 10:56 Récemment, j'ai eu une conversation avec un médecin qui m'a assuré actuellement de meilleures pratiques chez les gynécos.

effectivement, en partie et heureusement!!!

As-tu pensé à te faire un masser par un homme ? Histoire de te montrer que les mains d'hommes peuvent t'apporter de la douceur, du plaisir, du lâcher-prise.
Pour l'instant je n'en ai pas envie du tout!

As-tu lu cette BD "Juste une endométiose" de Fanny Robin & de MaY fait des Gribouillis ?
Je ne connaissais pas, merci pour le lien!

Ajouté 3 minutes 43 secondes après :
salambo a écrit : 03 mai 2021, 12:38 As-tu pensé à voir un spécialiste, afin d'avoir une aide médicale, avant d'envisager un massage qui me semble bien prématuré vu le témoignage? Car extérioriser sur ce forum, c'est génial, mais un traumatisme comme le tien laisse des traces telles qu'il faudrait, je pense, te faire aider.
Que ce soit pour les actes du gynécologues ou pour la réaction de ta mère que tu dois digérer.

En tout cas tu as tout mon soutien.

Et tu as raison, on ne le répètera jamais assez, si vous n'êtes pas d'accord avec un acte médical, dites non!
merci!
oui j'en ai déjà parlé à une psy spécialisée en traumatismes sexuels.
Je pense maintenant me tourner vers l'EMDR, ou l'intégration du cycle de vie (quand plusieurs traumas, on me l'a conseillé) mais j'aimerais juste tomber sur une professionnelle bienveillante et efficace...
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par Lux
Femme de 34 ans non vierge
#238202
Je viens de découvrir ton témoignage.
Je suis navrée de ce que tu as vécu et je te confirme que c'étaient bien des viols. Peu importe l'intention du médecin, faire subir des actes aussi violents et intrusifs à une jeune fille s'apparente à du viol.

Comme Salammbo je te conseille de te faire aider. Il ne faut pas rester seule avec ça. Mais tu devrais porter plainte, peu importe son âge. Ce mec doit être puni pour ce qu'il a fait.

Je te souhaite plein de force et de courage.
par Mab
Femme de 30 ans vierge
#238283
Je lis ton témoignage à mon tour. Je voulais te dire que tu n'étais pas seule. J'ai moi-même été victime de violence gynécologique même si j'ai longtemps voulu minimiser cet incident (il n'y a eu qu'une seule fois et, des années, je pense que c'est un vrai traumatisme, alors je n'ose imaginer si ça s'était répété plusieurs fois comme toi).

J'ai commencé à prendre la pilule à 18 ans parce que j'avais très mal lors des règles. Ma gynéco a pensé à l'endométriose et a commencé à me faire faire quelques examens. IRM, échographie, notamment.
L'échographe est réputé dans ma ville et c'est tout naturellement que j'ai été le consulter pour réaliser l'échographie. J'imaginais l'échographie abdominale, indolore... Je n'avais donc retiré que le haut. Il m'a demandé de retirer le bas aussi. J'ai retiré le pantalon. Il m'a demandé de retirer la culotte... et là... je me suis sentie tellement vulnérable. C'était la première fois que je me mettais nue devant un homme, même si je me répétais dans ma tête qu'il en voyait tous les jours et que c'était banal pour lui... je me sentais atrocement vulnérable. Il m'a mis les pieds à l'étrier et m'a dit de me laisser faire. Il a forcé très fort pour faire entrer sa sonde d'échographie endo-vaginale, j'ai eu très très mal, je me suis crispée. Il m'a regardé en soufflant "détendez vous !!!" mais j'avais trop mal. Au bout d'un moment il m'a dit "mais vous êtes vierge ou quoi ??". J'ai répondu oui. Il a fait un geste énervé comme si je lui faisais perdre son temps. "Mais vous prenez la pilule pour quoi alors ?!"... Dans sa tête de vieux c**, une femme qui prend la pilule a forcément des rapports sexuels.

Quand j'ai raconté cet épisode à ma gynéco, elle était très énervée et m'avait répondu qu'elle avait pourtant spécifié sur l'ordonnance "échographie abdominale".

J'ai longtemps voulu oublier cet épisode. Puis j'ai voulu le minimiser. Il y a tant d'examens douloureux, j'allais pas faire ma "chochotte", certains avaient dû avoir des examens bien plus douloureux que moi. Mais au delà de la douleur, il y avait cette pudeur qu'il a brisée ce jour là. Et je me souviens très bien de la douleur vive et aiguë que je ressentais quand il forçait. Il est clair qu'il m'a traumatisée. 12 ans plus tard j'en suis persuadée : c'était un viol médical et il a été tellement arrogant, tellement insupportable... Je n'ai jamais rien tenté contre lui, j'aurais pu...
J'ai revu ma gynéco il y a quelques mois, je ne l'avais plus revue depuis 7 ans. Quand elle a su que j'étais encore vierge, elle a directement fait le lien en me rassurant beaucoup sur le fait qu'un vrai rapport, avec quelqu'un qu'on désire vraiment, ça se passe très bien.

Tout ça pour te dire que tu n'es pas seule, et encore, moi c'était une seule fois !
par rose333
Femme de 30 ans non vierge
#238288
coucou
ça me rend triste ton témoignage! J'ai tjs espéré que la majorité des filles ne vivront pas ça, et quand j'entends qu'on envoit une jeune fille chez le gynéco, j'ai toujours une angoisse pour elle...
Il aurait du déjà t'expliquer comme se déroulait l'examen... Effectivement, par surprise, c'est un viol... Personnellement, j'ai tjs été ambivalente pour me l'avouer car j'y allais pour me soigner... Comme examen médical, c'est plus difficile de le reconnaître et de le dire aussi.
Je te comprends tellement bien quand tu parles de vouloir le minimiser. Sauf qu'on n'y arrive pas. Et quand tu parles de cette pudeur brisée ce jour là... C'est exactement ça, en plus de la violence physique et psychologique subie... Je me souviens également de la douleur encore après, de ne pas être confortable pour m'asseoir dans les heures qui suivaient, de me sentir seule au monde à zooner dans la rue juste après...
Tu as déjà pu en parler à quelqu'un d'autre que ta gynéco?
Personnellement, j'ai envoyé mon témoignage sur la page FB "stop violences obstétricales et gynécologiques". J'avais besoin de le dire, et aussi de prévenir d'autres filles pour que ça n'arrive plus...
Je suis actuellement en plein travail sur moi, sur ça et sur ma féminité (endométriose, viol(ence)s gynécologiques, protection +++ vis à vis des hommes, virginité tardive, malaise et grosse pudeur avec mon ex: il ne comprenait pas que je sois pudique et que je refuse certaines choses comme par exemple la levrette, mais pour moi c'était me mettre en position trop vulnérable par rapport à ce que j'avais vécu: j'avais besoin d'être rassurée et protégée, pas qu'on me compare à des niveaux (nulle part, niveau 15 ans: super pour la confiance en soi, alors que c'était déjà pas simple pour moi de faire confiance et de me laisser aller...).).
Bref, n'hésite pas à en parler en mp si tu veux, ça te fera peut-être du bien. Courage à toi et prends soin de toi!
par salambo
Femme de 33 ans non vierge
#238299
@Mab : ton témoignage fait tellement écho a ma propre expérience, avec tout de même 2 grosses différences, j'avais 24 ou 25 ans quand c'est arrivé, et j'ai réussi à dire tout bas que j'étais vierge avant qu'il ait pu commencer... mais j'avais déjà commencé à tomber le bas et je me suis dit que ce n'est pas comme ça que je voulais ma première pénétration et j'ai rassemblé tout mon courage pour prononcer ces 3 mots.... et tout comme toi c'était un homme assez vieux et, sa sonde a la main, m'a dit "quoi? Mais vous ne pouviez pas me le dire avant!" d'un ton énervé... il a donc utilisé la sonde externe en disant "on verra moins bien!" et dans ma tête je me disais "tant pis!" Et je suis sortie du cabinet a la fois honteuse de m'être fait "enguirlandée" mais contente d'avoir réussi à le dire avant que ce soit trop tard.
Le fait que j'avais 24 ans à l'époque a forcément joué, je ne sais pas si j'aurais eu la présence d'esprit de le dire à 18 ans.
En tout cas j'espère que vous arriverez à surmonter tout ceci.
Tout les gynécos et/technicien échos ne sont pas comme ça, il faut trouver les bons, ça prend parfois du temps